« Il y a maintenant beaucoup d’animaux errants. Ils entrent souvent en contact avec des animaux sauvages, de sorte que le risque d’infection par la rage a considérablement augmenté. Chaque jour, nous voyons 5 à 10 personnes présentant des morsures. Parfois, des familles entières viennent nous consulter », explique le docteur Oleksandr Kovalchuk, traumatologue orthopédique en Ukraine.
Depuis le début de la guerre totale, en 2022, les zones de front de l’Ukraine sont devenues un environnement dangereux pour la propagation de la rage, l’un des virus les plus mortels au monde.
L’hôpital clinique de Balakliya, dans la région de Kharkiv, signale que le nombre de cas de morsures a augmenté de manière exponentielle. De nombreux animaux domestiques et têtes de bétail ont été laissés sans surveillance lorsque leurs propriétaires ont été contraints d’évacuer d’urgence. Dans le même temps, les animaux sauvages (renards, loups, ratons laveurs) migrent des zones de combat vers des lieux plus sûrs, souvent des aires habitées.
Lorsque des animaux sauvages pénètrent dans les villes, ils peuvent attaquer à l’improviste : dans les stations-service et même dans les cours. Les cas d’attaques de chats sur des enfants et des adultes sont également devenus plus fréquents. Les hostilités ont donc changé non seulement la vie des personnes, mais aussi celle des animaux.
« Les gens essaient d’aider des animaux errants, ce qui constitue un danger », ajoute le docteur Kovalchuk à propos de la menace de rage à proximité de la ligne de front.
Moins d’animaux vaccinés
La guerre a également entraîné une diminution des taux de vaccination des animaux. Dans plusieurs zones, en particulier dans les forêts proches des régions qui bordent la ligne de front, l’accès des personnes physiques est restreint. Ces zones sont aujourd’hui habitées par de grandes populations animales.
Les mesures préventives et anti-épidémiques, dont la vaccination des animaux et en particulier la distribution aérienne de vaccins, y sont limitées en raison des problèmes de sécurité.
L’abattage des animaux fait également l’objet de restrictions en vertu de la loi martiale, afin d’éviter que les coups de feu ne soient mal interprétés.
Fournir des vaccins et sauver des vies
La menace est réelle pour tous. Le docteur Kovalchuk se souvient d’un incident au cours duquel un chat enragé a attaqué un bébé dans un landau. Les parents ont rapidement sollicité une aide médicale et ont réussi à éviter de graves conséquences.
« Une fois que le virus de la rage a infecté le système nerveux, il n’y a pas de remède. Si vous ne vous faites pas vacciner rapidement avant l’apparition des symptômes, le taux de mortalité est de 100 % », explique Yuriy Hniedushkin, chef du service de traumatologie de l’hôpital de Balakliya, dans la région de Kharkiv.
La prophylaxie post-exposition consiste à laver soigneusement la plaie, à administrer une série de doses de vaccin antirabique rapidement après l’exposition et, si cela est indiqué, à injecter des immunoglobulines antirabiques dans la plaie et autour de celle-ci.
Pour sauver des vies, il est donc essentiel de disposer d’un stock suffisant de vaccins et d’immunoglobulines dans les hôpitaux.
L’OMS maintient son soutien technique à l’Ukraine et lui fournit les produits immunobiologiques nécessaires. Les hôpitaux sont approvisionnés en vaccins par le bureau de pays de l’OMS en Ukraine, avec le soutien du King Salman Humanitarian Aid and Relief Centre.

